Le rêve précède toujours la réalité.

2014-07-14 – Airbnb : idylle et plancher des vaches

Depuis quelque temps, on assiste à une opération charme tous azimuts de la part des tenants (et commerçants) de l’« hôtellerie communautaire », mieux connue depuis plusieurs années sous le nom d’hôtellerie illégale.

On ne se répandra pas ici sur les tangibles bienfaits, tant pour les hôtes voyageurs que pour les hôtes hébergeurs, de la pratique de tenir hôtel dans son propre logis. L’hébergeur partage le dit logis en temps réel, mange avec son hôte, l’amène au Festival, tiens, ou chez des amis, partage la chambre de bain et chacun dort dans sa propre chambre, en principe. Lisez cet article du Devoir qui décrit cette idylle.

Belles rencontres impromptues, belles expériences, bons revenus pour l’hébergeur, belles économies pour le voyageur. Tout est beau.

Quand ça se passe comme ça, c’est vrai que c’est très bien.

Sauf que…

Sauf que cette belle hôtellerie communautaire, ce n’est que la portion congrue du phénomène. La plupart du temps – il n’existe pas de statistiques officielles mais la réalité saute aux yeux – l’hébergeur ne cohabite pas avec le voyageur. Les hôtes ne se rencontrent pas. Ou s’ils se rencontrent, c’est pour bonjour-bonjour et voici-mon-cash.

Pire, une grosse proportion de cet hébergement est effectuée dans des appartements que les propriétaires n’occupent qu’à temps partiel, très souvent moins de deux mois par année. Ces gens achètent ces appartements pour leur seul plaisir et acceptent de payer plus cher pour leur charmant petit pied-à-terre dans cet idyllique endroit parce qu’ils savent qu’ils vont pouvoir le louer et en tirer des revenus, parfois très substantiels.

Que voilà un très efficace engrais à spéculation.

Sur le plancher des vaches

Ce genre d’hôtellerie est le plus souvent au détriment des hôteliers légaux, petits, grands ou minuscules. Et surtout, au détriment du tissu social.

Car, quand Jos reçoit plein de gens chez lui, les introduit dans son milieu et entretient une vie sociale bien remplie, il est fort possible qu’il enrichisse le tissu social. Mais quand un autre Jos fout le camp de chez lui pour louer à des visiteurs, il ne fait que casser une maille dans le tricot du quartier.

Une maille, ça va. Deux mailles, dix, vingt, passe encore. Mais des dizaines, des centaines, non. La société de Venise a été réduite à peau de chagrin notamment par la spéculation et le remplacement des résidants par des gens de passage. Lisez la description qu’en a fait Pierluigi Tamburrini lors de son passage aux États généraux du Vieux-Québec, en 2010.

Alors, sous la description séduisante de l’« hôtellerie communautaire » se cache l’hydre de l’hôtellerie illégale, ou simplement excessive. Et si un jour on rendait légale et généralisée la pratique de louer son logis à des gens de passage, on ne ferait que favoriser la spéculation, l’éviction des gens ordinaires des plus beaux endroits du monde et la déshumanisation de ces quartiers – urbains ou campagnards.

Recevoir des visiteurs chez soi quand on y demeure, le vrai B&B, le vrai Couette et Café, oui. Mais en nombre limité, raisonnable, dans un quartier donné.

Des résidences de tourisme ? Oui. Avec permis, dans certaines zones semi-commerciales et là encore, en nombre limité.

Autrement, non.

Ne laissons pas les quelques avantages bien réels de ce système émergent masquer ses considérables inconvénients.

Retour à la page d’accueil

 
© Copyright 2005-2006 CCVQ