Le rêve précède toujours la réalité.

Missives

Lettre ouverte

Le quartier historique étouffé

Les cinq plaies du Vieux-Québec

 

Depuis 30 ans maintenant, nous, citoyens du Vieux-Québec – tout comme ceux de la grande région de Québec d’ailleurs – avons à cœur la préservation et la mise en valeur réussie de notre quartier historique classé par l’Unesco en 1986 joyau du patrimoine mondial, mais destiné à le demeurer pour combien de temps encore?

Nous qui habitons et chérissons ce quartier avons, par le biais des comités de citoyens qui l’animent, régulièrement fait part de nos inquiétudes et de nos ambitions pour ce remarquable milieu de vie dont on peut redouter qu’il ne pourra plus à terme se réclamer de sa notoriété mondiale, sans la mise en place d’un train de mesures tant préventives que correctives.

Passionnés et fiers de l’inestimable valeur du Vieux-Québec, nous sommes en effet aujourd’hui préoccupés et perplexes. Préoccupés parce que nous assistons à une campagne électorale dans laquelle les enjeux du quartier historique sont singulièrement absents. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir rencontré les aspirants à la mairie ou multiplié les démarches visant à attirer l’attention sur les problèmes qui nous assaillent.

Nous sommes aussi perplexes parce que ces problèmes menacent la vitalité de ce lieu fondateur entre tous, une vitalité qui devrait pourtant être au centre de nos préoccupations collectives, au moment même où nous souhaitons accueillir le monde à Québec, en 2008.

Bien sûr, on nous objecte que la valse des fusions-défusions a déplacé les feux de la rampe vers les urgences municipales du moment. N’empêche que, si on n’y prend garde, le coût du redressement du Vieux-Québec ne pourra que s’accroître et, conséquemment, grever davantage les finances publiques.

En fait, les préoccupations des citoyens du Vieux-Québec et de tous ceux qui souhaitent le voir se maintenir comme lieu de vie habité, dynamique et intéressant, modèle d’intégration urbaine et moteur aux plans patrimonial et touristique, sont de cinq types. Ces problèmes ont fait l’objet de nombreuses représentations auprès des autorités compétentes, au premier rang desquelles vient la Ville de Québec. Ces représentations furent toujours fondées sur les constats des citoyens, confirmés tant et plus par des enquêtes et des sondages, et qui demeurent hélas étonnamment les mêmes depuis des années. Les voici :

  • La circulation automobile sous toutes ses formes dont, notamment, l’insupportable achalandage des autocars touristiques et leurs émissions gazeuses, la gestion désordonnée du lourd trafic de transit dans le quartier, l’absence d’un programme de piétonisation intelligent et le mirage d’une navette centre-ville. Celle-ci constitue une solution durable mais les autorités locales sont incapables de l’articuler et de la mettre en œuvre, année après années;
  • Le fléau de la conversion insidieuse des espaces commerciaux en trappes à touristes saisonnières, souvent fermées au cours des mois d’hiver et dont la qualité nous fait craindre qu’elles ne visent qu’à écouler à coût élevé des babioles importées de pays se caractérisant par la production de pacotille. Et ce, plutôt que de faire place à des produits locaux de qualité, comme nous savons en faire au Québec;
  • Corollaire de la généralisation des commerces touristiques de bas de gamme, la disparition des commerces de services destinés aux citoyens résidant dans le Vieux-Québec. Il ne se passe plus une année sans qu’une épicerie, un salon d’esthétique ou un coiffeur ne ferment leurs portes, cédant la place à encore d’autres boutiques touristiques à temps partiel;
  • La généralisation sur certaines rues d’établissements hôteliers illicites, chambres et appartements loués à la semaine ou au mois à gros prix. Voilà autant de logements qui sortent du marché locatif régulier et qui accueillent désormais des visiteurs occasionnels plutôt que des familles qui, elles, contribueraient à la vitalité du quartier l’année durant;
  • Conséquence de l’attractivité de Québec, les ventes nombreuses d’appartements à prix fort à des propriétaires étrangers qui demeurent dans le Vieux-Québec à temps bien partiel et ne sont que des partenaires occasionnels de la prospérité collective. Qui plus est, dans ce cas, leur amour du Vieux-Québec les amène à contribuer à une surchauffe des prix qui rend le quartier prohibitif pour bien des gens qui, eux, souhaiteraient y faire leur vie.

Nous qui aimons le Vieux-Québec – et nous sommes plus que les 3367 résidents qui l’habitent – et qui sentons combien ce quartier peut être beau, chaleureux et ouvert sur le monde, exigeons donc que nos préoccupations cessent de demeurer lettre morte et figurent parmi les priorités du prochain conseil municipal de Québec. Hélas, des promesses ont été faites par tous les partis, à chaque élection, sur chacune de ces revendications, mais elles n'ont pas été tenues ni par les tenants du pouvoir, ni par les élus au conseil .

Il en va de l’avenir de notre quartier central et, surtout, de la capacité d’attraction de notre ville auprès de ses visiteurs. Il serait en effet regrettable de constater un jour que Québec - qui se veut sophistiquée - attire moins de clientèles venues d’ailleurs parce que, justement, elle n’aura à leur offrir que du Vieux-Québec de carnaval, des murs derrière lesquels ne vivent que des résidents de passage. Dans ses rues sans enfants, sans parcs et sans commerces de proximité ne résonneront que les bruyants moteurs diesels d’autocars venus livrer des fournées de touristes que décevra un joyau du patrimoine mondial, désormais déserté été comme hiver.

Dans la présente campagne électorale, nous réclamons donc de ceux et celles qui sollicitent notre soutien des solutions durable aux cinq plaies du Vieux-Québec. Et nous sommes disposés à les assister tant pour les concevoir que pour les mettre en œuvre.

Québec, le 20 octobre 2005

Les conseils d’administration du Comité de citoyens de Notre-Dame des Victoires et Vieux-Port et du Comité des citoyens du Vieux-Québec, Me Denis L’Anglais et Denis Angers, présidents.

 
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